Le KARATE DÔ SHOTOKAI

Comme la plupart des arts martiaux occidentaux, les origines lointaines du karaté le rattachent aux gymnastiques sacrées de l’Inde du Sud. Passées par-dessus l’Himalaya, elles devinrent un moyen d’autodéfense pour les moines chinois, puis pour les laïcs d’Orient et d’Occident.
Le karaté est le prince des arts martiaux : 100 000 pratiquants licenciés en France, 15 millions dans le monde. Pour que le poing fermé, tsuki, devienne aussi puissant que le marteau, il faut non seulement avoir ramassé tout l’univers et l’horizon de sa main, mais en plus se trouver, avant de commencer son mouvement, en « esprit de lune », c’est-à-dire en parfaite concentration, en un état d’esprit totalement détaché permettant une conscience globale de son entourage.
Le karaté est un art de combat à main nue qui se développa tout d’abord au IVe siècle à Okinawa, lorsque les Chinois occupant les îles Ryükyü interdirent aux habitants de posséder des armes. Cependant, l’origine remonterait aux religieux bouddhistes de Shaolin-Si et au Tao. Le rôle de la respiration à partir du hara, centre de gravité du corps, la rapidité des mouvements et leur timing, la concentration des forces dans un poing, sont autant des secrets du karaté.

Mais attention : dans sa migration vers l’Occident, le karaté a pris aujourd’hui des formes violentes. Les partisans justifient la brutalité des coups portés en se référant au karaté d’origine, mais c’était alors une technique guerrière qui ne se justifie plus. Les écoles de ces karatés combatifs et violents ne portent en général pas la particule « dô » (voie). Les corps de pratiquants en ressortent souvent meurtris et marqués.

C’est l’école du karaté-dô shotokaï qui reste le plus profondément imprégné de l’esprit du budô et demeure une voie. Il s’agit d’une école qui cherche surtout à faire du karaté un art de vivre fondé sur une pratique de concentration et de développement du corps et de la conscience. L’étude approfondie des katas et un développement du hara, le centre vital de l’homme, amène le pratiquant vers plus d’ouverture en transformant, sans coups, son corps et son esprit.

Philippe Douty (1) nous explique une des grandes différences entre les deux grandes écoles de karaté :

« Dans le karaté shotokaï, il n’y a jamais de compétition. C’est contre le principe et contre l’esprit martial lui-même.

– Pourquoi ?

– Parce que la compétition dénature. Les règles qu’elle impose empêchent une pratique complète des formes du karaté. Le karaté doit être toujours pratiqué de manière complète. On doit utiliser toute l’envergure de son corps, de ses mains. Tout mouvement doit être mené à son maximum. Les règles de la compétition appauvrissent notre pratique. Pris dans un moule, on ne peut s’exprimer correctement. Cela nous empêche de faire face. La compétition cherche à marquer des points. Nous cherchons à marquer la vie. »

« En toute chose, s’habituer au jugement intuitif », Miyamoto Musachi.

(1)    Philippe DOUTY, instructeur de karaté au Stade multisports de Montrouge, 107 rue Maurice Arnoux, 92120 Montrouge.

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